Que de chemins parcourus depuis ce 1er septembre 2006 où je débutais le projet qui ne s’intitulait pas encore Scènes Vosges et qui répondait à une légitime attente de structure culturelle à destination du spectacle vivant dans ce que le Contrat de plan Etat-Région 2000-2006 appelait la Lorraine sud.
Mais commençons par le début sans quoi rien ne serait advenu : la volonté politique d’un homme, Michel Heinrich, de développer à Epinal et à Thaon-les-Vosges, le regroupement des trois équipements culturels des deux villes dans une convergence de projet exigeant. Il a d’une part doté cette nouvelle création de moyens financiers pour assurer son fonctionnement et d’autre part, il n’a jamais fait d’ingérence dans la direction artistique que j’ai moi-même assumée. Deux composants indispensables pour mener à la réussite d’une telle conception. Il a fallu ensuite convaincre les partenaires institutionnels que sont le Ministère de la Culture, le Conseil Régional de Lorraine et le Conseil Départemental des Vosges de soutenir ce projet naissant mais qui rayonnant bien au-delà des deux villes initiales a légitimement trouvé sa place dans la Communauté d’Agglomération d’Epinal. Indiscutablement, Scènes Vosges aurait dû, tel que le préconisait le Contrat de plan susnommé, obtenir le Label de Scène Nationale. Il n’en a rien été et c’est une profonde injustice pour un territoire qui a fourni les efforts, mais ceux-ci se sont perdus dans les méandres décisionnels pas toujours objectifs. Mais si je devais choisir entre une reconnaissance institutionnelle et la présence du public, car ma dichotomie n’est pas si anodine, alors c’est le public et sa présence que nous avons choisi avec Michel Heinrich.
Car par bonheur, très vite et dès le premier spectacle du Cirque Plume, en septembre 2007, vous étiez là pour faire « la plus belle histoire d’amour ». Rien ne se serait construit sans votre présence souvent enthousiaste, quelquefois critique, toujours passionnément enrichissante et ce projet a su attirer les plus grands, les plus originaux créateurs dans leur art et nous saurons trouver le moment pour en rendre compte.
Malheureusement si la Culture avait une place dans le débat public en 2006, elle n’en a plus aujourd’hui alors que le monde s’est durci. Les rapports humains se détériorent et la qualité relationnelle a moins de prégnance au quotidien. Ainsi tout ne va pas bien et si ceci n’est pas, loin s’en faut, que de la responsabilité de l’effacement de la place de la Culture, je crois fondamentalement en l’homme et en la femme qui lisent, qui se rendent aux spectacles, qui contemplent une œuvre d’art. Certes, on peut vivre sans tout ceci mais probablement moins bien. Et si certains responsables politiques vous font croire que l’on peut en sortir par le bas, n’en croyez rien et restez curieux, ouverts au monde et aux autres…
Jacky CASTANG
Directeur de Scènes Vosges de 2006 à 2026